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. Enfin le récit du concert de Rennes. Il est signé Nicolaï Morovatchev, du fanzine Soviet Libre (coordonnées en bas de page).



Arrivé vers 15 - 16 heures aux stands devant la salle « Le Liberté ». Les stands sont assez divers (vêtements, bracelets, colliers etc.) mais surtout axés musique. Je déambule à travers les stands et trouve finalement des amis de Marseille qui en tiennent un. Leur table se résume à quelques disques. A côté d'eux, celui de la CNT. L'atmosphère générale est aux questionnements et au mystère qui entoure cette reformation. Vont-ils vraiment sortir un nouvel album et se reformer définitivement ?

Loran et Masto (musiciens des BxN) sont présents et discutent. Ils ont l'air assez à l'aise. En les regardant, je me demande s'ils se rendent vraiment compte de l'impact produit sur les gens avec cette reformation. Quatorze ans d'absence et les revoilou ! ! L'énergie sera-t-elle la même ?

Je retrouve des amis de Nice et de la Roya qui viennent d'arriver. Je les aide à porter quelques cartons afin d'installer le stand des Bérurier Noir. A cet instant de la journée je commence à me rendre vraiment compte du concert qui m'attend le soir.


Le soir, rassemblement de punks dehors devant la salle malgré le froid. On boit quelques bières et un peu de pinard histoire de se réchauffer avant d' entrer dans la salle. La salle est relativement pleine, Arno est en train de jouer. Bof ! Pas trop mon truc, à croire qu'il se prend pour Joe Cocker. La voix railleuse, enrouée, et le corps plein de petits spasmes, à croire qu'il nous fait en plus un remake de « L'exorciste ». Enfin bref, j'aime pas ! Le voilà qui revient sur scène malgré une salle hurlant « Bérurier Noir » et commençant à se remplir. Je me crois revenu dans le temps car je vois des déguisements qui commencent à apparaître. Des masques, des nez de clowns, des plumes à la Géronimo.

Arno est parti, la salle hurle toujours « Bérurier Noir » et commence à entonner le choeur de « Descendons dans la rue ». J'ai alors l'impression d' être en apnée depuis longtemps. Je suis dans la fosse, impossible de bouger, la salle est pleine à craquer. Je ne me sens plus maître de mon corps car celui-ci obéit aux mouvements de foule et au pogo qui commence déjà à s' installer. Les musiciens s'affairent sur scène pour préparer et régler leurs instrus. Tout d'un coup, gros silence, la salle est plongée dans le noir, François arrive sur scène masqué et le concert démarre avec une intro dont la musique fait penser à Tromatism. Le concert à démarré, ça part dans tous les sens dès les premiers riffs de « Lobotomie », de « Petit agité » et de tous les hymnes connus. La petite titi et Lola (cracheuse de feu de Molodoi) sont sur scène ainsi que Miky que l'on voyait déjà dans les derniers concerts de 89 en train d'effectuer des acrobaties. La présence du groupe est énorme.

Loran accompagne chaque morceau de petits slogans vindicatifs. « Vivre libre ou mourir », « Noir les horreurs », « Scarabée » dédié à Helno (ex Négresses Vertes et ancien de la troupe des Bérus) mort en 1993 d' overdose, « Hélène et le sang », « Soleil noir » sont autant d'hymnes destinés à favoriser l'engouement du public. Nilos, ancien membre de Tromatism, fait son apparition sur scène lors du morceau « Le cerf, le druide et le loup » (chanson à double sens, sur les loups et retraçant l'histoire des bérus). La musique et l' utilisation de la boite à rythmes me fait d'ailleurs énormément penser à Tromatism. Sur « Vive le feu », c'est l'apothéose, ça slame, pogote, crache le feu... Le public est surexcité. Une pointe de nostalgie sur « Mineurs en danger ». « Porcherie », déjà morceau mythique résonne à ce moment à toutes les oreilles comme un hymne à l'antifascisme. « Salut à toi » est jouée version dub (moyen à mon goût) et « Bella ciao » conclut le concert de manière calme, conviviale, solidaire et unis.


A la sortie de la salle, les jambes flageolent et je me sens perdre conscience, l'air est rempli de gaz lacrymogène. Hors de l'enceinte, bataille rangée entre les punks et les CRS. Je rejoins des potes et l'on sort de la salle. Le spectacle est impressionnant, les CRS chargent et les keupons jettent des projectiles (pavés, bouteilles). Une barricade est dressée avec des barrières métalliques. Je prends part au combat. J'estime le nombre de keupons à 400 - 500 et les CRS à plusieurs cars. J'ai vu des arrestations musclées et une fille prendre des coups de matraque. Les robocops envoient des lacrymos et en profitent que l'on soit aveuglés pour charger. Nous reculons et l'on recharge de nouveau en lançant ce que l'on a sous la main. Au fur et à mesure de la nuit le nombre des participants se réduit. Vers 4 h du matin nous n'étions plus qu'une cinquantaine. Ayant perdu mes potes dans l'émeute je rentre seul la tête pleine de bruit et de musique en évitant de croiser les androïdes à fleuron national.

Texte écrit par Nicolaï Morovatchev, légèrement corrigé par PariA en mars 2004, paru dans sa version originale dans le fanzine anarkopunk Soviet Libre c/o ACL ; BP 5137 ; 83093 Toulon Cedex
[email : sovietlibre@no-log.org].

Crédit photos : Yann Derais, Valérie, Dominique Vrignaud.

Extraits du concert :
Vous pouvez toujours télécharger sur notre site et avec la bénédiction du groupe, 4 morceaux du concert qui ont été diffusés à la radio.
- Vive le feu (fin)
- Mineurs en danger
- La danseuse de l'orient
- Porcherie

D'autres chroniques de ce concert magistral :
- Report du concert par Crobard et Sand
- Report du concert par Mato
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